CONFéRENCE

Le cinéma regarde la ville

conférence de Thierry Paquot

Le cinématographe est né en 1895, il est contemporain de la métropole, cette grande ville traversée par mille flux (de marchandises, de rumeurs, de désirs, de capitaux, de travailleurs, de matières premières, de rêves et aussi de déceptions…). Pour comprendre comment le cinéma filme la ville, nous allons projeter quatre courts-métrages, parmi des milliers d’autres films qui témoignent de l’incroyable richesse de la production cinématographique planétaire. L’Amour existe (1960, 21’) de Maurice Pialat est une sorte de cri en faveur de la banlieue, ce paysage pauvre à deux pas de la capitale, opulente et crâneuse, Boy and Bicycle (1965, 27’) est le diplôme de Ridley Scott, qui plus tard réalisera Blade Runner, Robin des bois ou Thelma et Louise. Un jeune garçon sèche l’école et part à vélo à la découverte de sa ville, ce qui lui réserve quelques surprises…
La séquence de la fleur en papier est un court-métrage (12’) tourné en une journée à Rome, en 1968, dans lequel Pier Paolo Pasolini (1922-1975) confronte rêve et réalité et La Forma della Città (20’) est un documentaire pour la télévision italienne, où, le cinéaste explique ce que filmer une ville signifie. Pour cela, il nous montre aussi bien Orte que Sabaubia en Italie, que des images d’Iran, du Yemen et du Népal. Que représente la ville pour lui ? En quoi appartient-elle à son imaginaire ? Elle exprime les tensions que la société de consommation connait et que son cinéma tente d’explorer, d’un point de vue politique. Ses deux films offrent un regard différent sur le poète engagé qu’est Pier Paolo Pasolini. L’un tient de la fable tandis que l’autre se veut réaliste…
Ces quatre films permettent de voir comment le cinéma regarde la ville, une ville datée, qui n’existe plus… Chacun se remémorera des villes (de feuilletons, de séries, de fiction ou des documentaires) qu’il a vu à travers le regard de la caméra et pourra en parler.

Thierry Paquot, philosophe, président d’Image de Ville, prend prétexte de ces deux films pour raconter l’histoire tumultueuse des relations entre la ville et le cinéma. Il est l’auteur de La ville au cinéma. Encyclopédie (en collaboration, Paris, éditions des Cahiers du Cinéma, 2005) et de nombreux articles sur les films dits de « banlieue ». Il a publié récemment : Désastres urbains. Les villes meurent aussi ; J-G. Ballard & le cauchemar consumériste ; Les Bidonvilles et Poésies urbaines. De Baudelaire à Grand Corps Malade.