Dans les années 60, les familles estivales investissent massivement les côtes françaises en quête de grandes vacances. Mais là où de nouveaux complexes modernistes voient le jour : La Grande Motte, Palavas-les-Flots,… , l’architecte François Spoerry, lui, rêve de tout autre chose : une cité lacustre pareille à ces vieux villages méditerranéens, où l’on pourrait même garer son bateau devant sa propre maison de pêcheur… Ainsi naquit l’anachronique Port-Grimaud !
« Chaque jour, à Port-Grimaud, des groupes de touristes ou des familles remplissent le gigantesque parking payant, avant de pénétrer l’enceinte du village entouré d’eau. A la fois charmé par son atmosphère pittoresque, ses ponts et ses canaux vénitiens, ils sont toutefois surpris d’apprendre que ce vrai-faux village, ne date que de quelques décennies… Ils empruntent ensuite une embarcation pour sillonner la cité, visitent l’église pour voir le site d’en haut, s’amusent des trompe-l’œil qui les regardent, consomment sur place des glaces, des pizzas, se réjouissent de voir leurs enfants rêver devant les yachts de milliardaires,…, et finissent par s’interroger sur l’usage d’un tel lieu : un village sans école, sans véritable espace de jeu, où les rues sont bloquées par des barrières, où il faut avoir un bateau pour pouvoir habiter, où il est interdit de pêcher dans le port, et où les fêtes trop spontanées sont âprement combattues. Nous traversons le film avec un personnage enquêteur, qui doute de l’intérêt du lieu, et convoque l’esprit de l’architecte pour tenter de le comprendre. On le voit d’abord perdu dans la foule de touristes, observer, photographier, tenter de saisir le fonctionnement de ce vrai-faux village de pêcheur méditerranéen, qui n’est en fait, ni vieux, ni destiné aux pêcheurs, ni encore moins à d’éventuels villageois. »
Jean-François Comminges



